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Nos paroisses (généralités)

C. Moïs

Qu’est ce qu’une paroisse ?

La paroisse est la cellule de base de l’organisation ecclésiastique. Elle correspond à la fois à une circonscription territoriale et à une communauté d’habitants. Tous les actes de la vie religieuse du chrétien se déroulent dans le cadre paroissial. L’église paroissiale se distingue des autres en ce qu’elle renferme des fonds baptismaux  et qu’un curé y exerce toutes les fonctions curiales. (Lexique historique de la France d’Ancien Régime, G. Caboudin et G. Viard).

Autrefois

Nos paroisses rurales.

Toutes les paroisses de notre région ont bien des traits d’histoire en commun.

La constitution des paroisses rurales s’est réalisée principalement à partir des époques mérovingienne et carolingienne (soit environ entre 750 et 850) sur base des territoires des « villae », les grands domaines agricoles de la fin de l’empire romain. Les oratoires devinrent les églises-mères ou décimales. D’autres paroisses ont vu le jour au Moyen Age, à la suite de la création de nouveaux villages ou de l’agrandissement et de l’éloignement de certains bourgs: ce sont les églises-filles ou filiales.

Les premières églises construites étaient  privées, dotées par le seigneur du domaine (ou l’abbaye propriétaire) de biens fonciers. Le propriétaire, appelé patron, avait le droit de choisir le curé. Il avait le devoir d’entretenir la nef, de fournir la cloche et le calice. Chaque paroisse possédait aussi des revenus grâce à la contribution demandée aux paroissiens appelée la dîme (initialement la dixième partie des récoltes). Cette dîme était partagée en trois ou quatre parts jusqu’au milieu du 9ème siècle, pour assurer les besoins du curé, l’entretien des bâtiments et le secours aux pauvres et aux pèlerins; ultérieurement, elle fut divisée en cinq parts.

Les premiers sanctuaires furent dédiés à la Sainte Croix, aux évangélistes ou à l’un des apôtres ainsi qu’à Marie, Mère de Jésus. Au 9ème siècle, le renouveau amené principalement par Charlemagne mit à l’honneur de nouveaux saints : Martin de Tours, Remy, Etienne, Jean Baptiste ainsi que de saints prélats régionaux comme Hubert, Lambert, Remacle, Willibrord et Servais. Entre le 10ème et le 14ème siècle, de nouveaux patrons sont choisis tels Nicolas, Jacques le Majeur, Catherine, Barbe etc…

De ces éléments, partage des dîmes et saints patrons, nous pouvons formuler des hypothèses quant à la période de formation de nos paroisses. Wolkrange (Sainte Croix et Sainte Marie), Sélange (autrefois Sainte Marie), toutes deux églises mères, pourraient être antérieures aux carolingiens. Guerlange (Saint Martin), Hondelange ( Saint Remacle) et Habergy (Saint Hilaire), avec les dîmes partagées autrefois en trois parts, ont probablement vu le jour au 8ème ou 9ème siècle. Messancy (Saint Jacques le Majeur) et dîmes partagées en 5 parts, serait  une paroisse constituée au 11ème ou 12ème siècle. Bébange (Saint Hubert) fut une filiale de Habergy dont elle ne fut séparée qu’en 1842 et Turpange (Saint Hubert) fit partie de la paroisse de Sélange jusqu’au début du 20ème siècle.

Toutes ces paroisses, à leur origine, dépendaient de l’archidiocèse de Trèves. Elles étaient englobées dans le doyenné d’Arlon lui-même intégré dans un échelon intermédiaire, l’archidiaconé Sainte Agathe de Longuyon. Il en fut ainsi pendant plus de mille ans jusqu’en 1802. Le doyenné, appelé aussi « chrétienté », avait à sa tête un des prêtres titulaires d’une cure qui restait dans sa paroisse; il n’est donc pas étonnant de trouver l’un ou l’autre desservant de nos paroisses portant le titre de doyen d’Arlon. Après le Concordat, durant la Période française, le doyenné d’Arlon fut rattaché à l’évêché de Metz. Son évêque propose alors un découpage territorial calqué sur les divisions administratives. Messancy ayant été érigé en canton, son église devient siège d’un doyenné. Mais en août 1823, toutes les paroisses de l’ancien duché de Luxembourg sont rattachées au diocèse de Namur. C’est l’abbé Jean Kauffmann, nommé curé de Messancy en 1829, qui portera le premier titre de doyen. Après l’Indépendance puis la création du Grand-Duché, la limite des doyennés fut conservée.

Nos églises

Construction – Architecture

Les églises anciennes, disparues aujourd’hui, étaient de dimensions réduites

(10 m/ 11 m pour Messancy, 8 m/ 9 m à Hondelange). Elles furent reconstruites ou restaurées à la suite des guerres ou du vieillissement naturel. La Période française (1795 – 1815) fut particulièrement néfaste puisque plusieurs bâtiments furent saccagés et la quasi totalité fut laissée à l’abandon. Après l’Indépendance, un nouvel élan fit entreprendre des restaurations ou des reconstructions. La population, d’autre part, s’était fortement étoffée et les nouveaux édifices furent de dimensions plus importantes. Les communes sont généralement intervenues financièrement en vendant des bois car leurs caisses devaient faire face à de nombreuses sollicitations. La Province et l’Etat intervenaient partiellement dans les frais par le biais de subsides. Les paroissiens ont chaque fois marqué leur solidarité en prêtant leurs bras pour les travaux de démolition et de transport des matériaux. Les pierres récupérables de l’ancien édifice ont été incorporées dans le nouveau. Toutes les églises furent reconstruites au 19ème siècle sauf celle de Habergy qui le fut au début du 20ème. Dans la seconde moitié du 20ème siècle, celle de Sélange fut rebâtie et les chapelles de Longeau et de Messancy  virent le jour. Les constructions du 19ème siècle sont à une ou trois nefs, en un style néo-gothique simple.

L’emplacement des nouveaux bâtiments fut souvent un sujet de vives discussions au sein des villages. Les chapellenies tentaient souvent, à cette occasion, de faire ériger l’église à mi-chemin entre le village principal et le hameau ( Sélange et Turpange, Guerlange et Longeau, Habergy et Guelff).

Autels romains

Sous le maître autel des églises de Messancy et de Wolkrange, on a découvert un fragment de monument romain sculpté. Il ne s’agit pas de la christianisation d’un autel ancien trouvé sur place mais d’une coutume apparue à la Renaissance. Ce sont, dans la région, les cimetières romains d’Arlon qui ont fourni ces pierres (souvent des bases de colonnes, dites « pierres à quatre dieux ») que l’on enchâssait aussi dans le mur de certaines demeures (château de Messancy) ou présentait comme objets de décoration dans certains jardins.

Symbolisme

Construire une église ne se fait pas au hasard. L’édifice lui-même, son emplacement, ses décorations sont empreints de multiples symboles que nous ne savons plus voir ni déchiffrer aujourd’hui. Ce langage peut s’exprimer de façon plus ou moins riche selon les possibilités offertes par les lieux et par les finances de la paroisse. Il y aura donc souvent un compromis entre les règles, les souhaits et les capacités locales.

L’emplacement n’est pas anodin. L’église est souvent construite au centre du village, sur une élévation de terre, non seulement pour qu’elle soit vue de loin mais aussi pour nous montrer qu’elle est rassemblement et qu’elle est la première marche pour accéder au Ciel.

L’édifice est orienté Est-Ouest. Le chœur est généralement tourné vers l’Est, recueillant les lumières de l’aube alors que le porche est éclairé par le soleil couchant. C’est un raccourci de notre vie, symbolisant naissance et mort. Le soleil levant c’est aussi le Christ.  Il arrive (comme à Messancy) que la porte soit orientée vers l’Est  rappelant le Temple de Salomon dont le porche était une invitation à l’entrée du Roi de Gloire.

L’église est construite en forme de croix rappelant non seulement le supplice de Jésus mais figurant aussi un homme aux bras écartés dont la tête (le chœur) est le sanctuaire. Les quatre extrémités de la croix sont dirigées vers les quatre points cardinaux pour montrer que l’Eglise s’adresse à tous. La forme rectangulaire à trois nefs provient du tracé de la basilique romaine, lieu où le souverain rassemblait son peuple. La nef ( mot de même origine que navire) symbolise un vaisseau avec le chœur comme proue fendant les eaux ; c’est l’arche de Noé mais aussi la barque de Pierre. Si le plafond est formé d’ogives, il donne l’impression d’être une carène de bateau.

L’autel est élevé de (trois) marches pour nous appeler à monter vers Dieu. Il renferme des reliques de saints personnages en souvenir des première messes célébrées dans les catacombes sur les tombeaux des martyrs.

Les vitraux laissent entrer la Lumière, symbole immatériel de la vie, de la pureté, de la foi, de l’Esprit Saint. Les vitraux constituent aussi un livre qui illustre l’Histoire Sainte, la vie des saints, des paraboles ou des miracles.

La voûte est soutenue par des piliers. Lors de la consécration de l’église (dédicace), l’évêque trace le signe de croix avec l’huile sainte sur douze croix pour symboliser les douze apôtres, piliers de l’Eglise. La chaire de vérité (lorsqu’elle existe encore) est ornée des représentations des quatre évangélistes ou, parfois, de docteurs de l’Eglise. L’abat-voix supporte une colombe, symbole de l’Esprit Saint qui inspire le prêtre.

Les statues représentent différents saints ou saintes. Chaque personnage peut être identifié grâce aux attributs qui l’accompagnent. Ils nous rappellent le supplice du martyr (roue de Sainte Catherine, épée de Saint Jacques, croix de Saint André),  la protection apportée par le saint (cheval de Saint Hippolyte), un événement particulier de sa vie (cerf de Saint Hubert, manteau de Saint Martin) .

Les cloches rassemblent les fidèles; elles symbolisent le culte. Elles étaient sensées éloigner les orages (le mal). Elle étaient personnifiées au point d’être baptisées avec parrain et marraine.

Le coq perché en haut du clocher incarne le Christ annonçant la venue du jour nouveau et lance un appel à la prière du matin.

Une église demande à être « lue » comme un livre. Le cimetière et sa croix, les calvaires et les chapelles délivrent aussi leurs messages à qui sait les comprendre et les écouter.

Chronogrammes

Sur certains édifices, une phrase en latin gravée dans la pierre explique brièvement la raison de la construction ou la dévotion qui lui est attachée. En lisant les lettres majuscules comme des chiffres romains (le V pouvant remplacer un U) et en les totalisant, on obtient la date d’érection du monument. Citons en exemples :

-            l’église de Hondelange « pIe Intrantes VbIqVe Vt sVos CVstoDIat sanCtVs reMaCLVs « (construction en 1889)

-                le calvaire situé dans l’ancien cimetière de Hondelange « passIo ChrIstI CoMpassIo DeI parentIes septIes VeneratVr » (érigé en 1717)

Croix, calvaires, chapelles et statues

Nos croix de chemin ont été érigées entre le 17ème et le 19ème siècle. Leur style est généralement baroque. Il est commun aux pays mosellans dans l’ancien duché de Luxembourg. Ces petits monuments représentent fréquemment le Calvaire (le Christ en croix entre Saint Jean et la Sainte Vierge). Ils sont donc souvent connus sous le vocable de « calvaires ». Ce sont très souvent des monuments privés dressés aux frais d’un donateur, sur les terres de celui-ci. Le saint représenté sur le fût est généralement le saint patron du donateur (et n’a donc pas de lien avec les saints honorés au village). La raison de l’érection de tels édifices peut être: la croix en souvenir d’une mission, la croix dressée à l’endroit d’un décès accidentel, la croix de protection pour les campagnes. Quelques ensembles constituent un chemin de croix ( Habergy, Hondelange, Wolkrange).

Plusieurs calvaires ont  disparu, certains ne sont actuellement plus en place.

Les chapelles peuvent être des édifices privés ( Habergy, Wolkrange) ou construits par toute la population comme oratoire particulier. Les chapelles de Sélange et Wolkrange ont été édifiées sur l’emplacement des anciennes églises-mères détruites à la révolution française.

Les statues ornent les autels principaux et secondaires des églises ainsi que les murs latéraux et représentent ainsi les patrons ou les intercesseurs vénérés dans la paroisse. Quelques statues anciennes existent encore. Malheureusement, les vols obligent les curés à fermer les églises en dehors des offices. Une solution progressivement mise en place est le moulage et la copie à l’ancienne pour permettre de conserver l’original en lieu sûr.

Traditions

Missions

Après le Concile de Trente, à partir du 17ème siècle, des périodes de ressourcement et de revivification de la foi étaient animées dans les paroisses par des prédicateurs spécialisés. Le village et l’église pouvaient  être abondamment décorés. Au terme de certaines missions, les paroissiens érigeaient un calvaire à l’entrée du village ou instauraient une confrérie ou congrégation pieuse ( Doctrine Chrétienne, Saints Noms de Jésus et Marie). Des missions ont encore été organisées dans nos paroisses il y a une vingtaine d’années.

Bénédictions

-  Krautwësch (ou Wësch): le jour de l’Assomption, à la procession, chaque famille présentait autrefois un bouquet composé de différentes plantes à valeur nutritive (avoine, orge, froment) et curative ainsi que de l’épilobe (appelée en luxembourgeois « cheveux de la Vierge » ) lorsque le prêtre bénissait la foule avec le Saint Sacrement. Ce bouquet était pendu pendant un an dans la maison ou la grange en signe de protection.

-  A Messancy, le jour de l’Ascension, les fruits de la terre sont bénis à la chapelle du bois (« Bénédiction des herbes »).

Processions et pèlerinages

- sous l’Ancien Régime, procession des « croix banales » . Les paroissiens se rendaient à pieds à travers la campagne, bannières en tête, dans l’une ou l’autre paroisse voisine à l’occasion d’une fête solennelle. Ce jour était « chômé » car il était interdit de travailler.

- Les processions des rogations, organisées au printemps (les trois jours avant l’Ascension) pour obtenir de bonnes récoltes, utilisaient souvent les croix de chemin comme reposoirs.

-  Fête-Dieu : procession du Saint-Sacrement sous un dais porté par les membres du conseil de fabrique, précédé de groupes d’enfants dont certains étaient costumés alors que d’autres répandaient sur le sol des pétales de fleurs.

-  L’Assomption (15 août) donnait lieu également à une procession, avec arrêts devant certains calvaires décorés pour l’occasion .

-  Le pèlerinage à Notre Dame de Luxembourg (durant l’Octave qui débute le 3ème dimanche après Pâques et dure 15 jours), culte promu par les Jésuites en 1624, reste présent. Certains le font encore à pieds.

-        Lorsqu’un fils du village est ordonné prêtre, il y dit sa première messe (les prémices). Cet

événement donnait lieu à une décoration abondante des rues ou maisons; en particulier, un arc de triomphe en branchages garnis de fleurs était dressé près de l’église. Le nouveau prêtre, précédé de l’harmonie et des paroissiens parcourt les rues du village.

Si certaines traditions se perdent, d’autres se créent sous nos yeux ou sont restaurées : il en est ainsi des messes en plein air. Chaque année, fin juin, une messe est célébrée à l’étang des Nénuphars de Messancy, à l’initiative de la société de pêche locale; le 15 août, c’est à côté de la chapelle Sainte Croix entre Wolkrange et Hondelange que se célèbre l’office alors qu’à Messancy, c’est près de la chapelle du bois qu’a lieu une messe au cours de laquelle sont bénis les fruits de la terre. A Guerlange, toujours le 15 août, les paroisses voisines du Grand-Duché de Luxembourg se rassemblent à la chapelle de N.D. au Chêne. Les paroissiens de Guerlange s’y rendent le dernier dimanche de mai alors que pour la Fête-Dieu, une messe est célébrée dans l’enceinte de l’ancien cimetière.

Fête locale

La fête locale correspond soit au jour de la fête du saint patron (ou le dimanche suivant) soit à la date anniversaire de la consécration de l’église, la dédicace ( ducasse en wallonie, Kiirmes  en pays de langue francique mosellane). Il existe parfois une « petite fête » dont l’origine est difficile à déterminer. A l’occasion de la fête locale, on promène dans le village quelques moutons (autrefois enrubannés) accompagnés d’une petite fanfare qui joue une ritournelle spécifique: c’est la « Hämmelsmarsch », tradition qui persiste encore dans plusieurs villages de la commune ( Messancy, Sélange, Turpange, Wolkrange, Guerlange).

Crécelles

Dans la plupart des paroisses (Wolkrange, Messancy, Hondelange, Sélange, Habergy, Turpange et Bébange ) subsiste la tradition des crécelles. Les cloches se taisent le vendredi et le samedi Saints; des enfants parcourent les rues en agitant des crécelles pour annoncer l’heure des offices.